Éliminé après avoir perdu le match retour rejoué face à l’AS Douanes de Mauritanie (0-1), au compte du premier tour préliminaire de la Coupe CAF, le Hafia FC poursuit son combat juridique devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Le club guinéen conteste la décision de la CAF d’ordonner la reprise de la rencontre après l’absence initiale de son adversaire.
Le bras de fer entre le Hafia FC, la Confédération africaine de football (CAF) et l’AS Douanes de Mauritanie prend une nouvelle tournure. Le club guinéen a officiellement saisi le Tribunal arbitral du sport, basé à Lausanne, en Suisse. Son appel, déposé le 8 octobre 2026 contre la CAF et l’AS Douanes, est enregistré sous la référence TAS 2026/A/12858.
Cette démarche intervient après une décision de la CAF que le Hafia conteste et l’absence de réponse qu’il affirme avoir constatée à la suite de son recours devant le Jury d’appel de l’instance africaine.
Retour sur l’origine du conflit
L’affaire remonte au 11 septembre 2026. Ce jour-là, l’AS Douanes de Mauritanie ne s’est pas présentée au match retour face au Hafia FC.
Trois jours plus tard, le 14 septembre, la Commission compétente de la CAF a décidé de retenir la notion de « force majeure » et d’ordonner que la rencontre soit rejouée, plutôt que de sanctionner l’absence de l’équipe mauritanienne.
Cette décision a provoqué le désaccord du Hafia FC, qui estime que les circonstances ne justifiaient pas une telle mesure. Pour le club guinéen, la question porte sur l’application des règlements de la compétition et le traitement réservé à une équipe qui ne se présente pas à un match.
Le Hafia a alors saisi le Jury d’appel de la CAF afin de contester la décision. Selon les éléments communiqués dans le dossier, le club n’a toutefois obtenu aucune réponse à ce recours. Il dénonce désormais un « déni de justice » et a décidé de porter l’affaire devant le TAS.
Le match finalement rejoué, le Hafia FC éliminé
Malgré la contestation du club guinéen, la rencontre retour a finalement été rejouée le 19 septembre 2026 à Conakry.
Cette fois, le Hafia FC s’est incliné sur le score de 1-0 face à l’AS Douanes. Après le match aller, qui s’était soldé par un nul de 2-2, cette défaite a entraîné l’élimination du club guinéen de la compétition.
Le résultat sportif n’a toutefois pas mis fin au différend juridique. Le Hafia FC poursuit sa démarche devant le Tribunal arbitral du sport afin de contester la décision de la CAF ayant conduit à la reprogrammation de cette rencontre.
L’enjeu est désormais de faire examiner la régularité de cette décision au regard des règlements applicables. Le club guinéen entend obtenir une réponse sur le fond de sa contestation, malgré son élimination sur le terrain.
Le TAS confirme la réception du dossier
Le 9 octobre 2026, le Tribunal arbitral du sport a confirmé avoir reçu le dossier introduit par le Hafia FC.
Cette étape marque le début de la procédure arbitrale, mais elle ne signifie pas que le Tribunal a déjà pris position sur le fond du litige. Les arguments des parties et les éléments de preuve devront être examinés conformément aux règles applicables.
Le club guinéen souhaite néanmoins accélérer le traitement de l’affaire. Il demande au TAS de recourir à une procédure d’urgence et de confier le dossier à un arbitre unique, afin de favoriser une décision dans les meilleurs délais. Cette demande devra être examinée selon la procédure prévue par le Tribunal.
La CAF et l’AS Douanes attendues sur la procédure d’urgence
D’après le document relatif au dossier, la CAF et l’AS Douanes avaient jusqu’au lundi 12 octobre 2026 pour indiquer si elles acceptaient la procédure d’urgence et la désignation d’un arbitre unique.
Cette échéance concerne les modalités de traitement de l’affaire. Elle ne constitue pas, à elle seule, une décision sur le bien-fondé de la contestation du Hafia FC.
Les deux parties disposent par ailleurs d’un délai de 20 jours pour transmettre leur réponse par courrier électronique, conformément aux indications figurant dans le document de procédure.
Leurs observations doivent notamment comprendre :
- Une présentation des moyens de défense ;
- Toute exception relative à la compétence du TAS ;
- Les pièces et les offres de preuve sur lesquelles elles entendent s’appuyer ;
- Les noms des témoins envisagés, accompagnés d’un bref résumé de leur témoignage présumé ;
- Les éventuelles déclarations écrites des témoins, sauf décision contraire de la formation arbitrale ;
- Les noms des experts sollicités, avec la précision de leur domaine d’expertise ;
- Toute autre offre de preuve qu’elles souhaitent présenter.
Ces éléments permettront aux parties de défendre leurs positions respectives et au Tribunal de disposer des informations nécessaires à l’examen du litige.
Que se passera-t-il en cas d’absence de réponse ?
Le document de procédure prévoit également la possibilité pour le TAS de poursuivre l’arbitrage même si les parties défenderesses ne déposent pas leurs réponses dans le délai imparti.
Il précise :
« Dans l’hypothèse où les intimées ne déposeraient pas leurs réponses dans le délai imparti, la formation arbitrale ou l’arbitre unique pourra néanmoins poursuivre la procédure d’arbitrage et rendre une sentence, en vertu de l’article R55 al. 2 du Code. »
Autrement dit, l’absence de réponse de la CAF ou de l’AS Douanes ne suffirait pas nécessairement à bloquer la procédure. Le Tribunal pourrait poursuivre l’examen du dossier et rendre une sentence conformément aux règles applicables.
Cela ne signifie cependant pas que le Hafia FC obtiendrait automatiquement gain de cause. Le club devra étayer ses demandes, tandis que le TAS devra examiner les questions relevant de sa compétence et les éléments qui lui seront soumis.
La force majeure au centre du débat
Au-delà des échéances procédurales, une question essentielle se trouve au cœur de cette affaire : l’absence de l’AS Douanes au match retour pouvait-elle juridiquement être considérée comme un cas de force majeure justifiant la reprise de la rencontre ?
La réponse dépendra notamment des circonstances exactes ayant empêché le club mauritanien de se présenter, des éléments de preuve disponibles et des dispositions réglementaires applicables à la compétition.
La notion de force majeure ne peut pas être appréciée uniquement à partir du constat qu’une équipe était absente. Il faut examiner les raisons de cette absence, leur caractère éventuel d’imprévisibilité ou d’irrésistibilité selon les règles applicables, ainsi que les conséquences que les textes de la CAF attachent à une telle situation.
Le TAS devra donc examiner la décision contestée à la lumière des arguments des parties et des règlements pertinents. À ce stade, il serait prématuré de conclure que la décision de la CAF est illégale ou que la demande du Hafia FC est nécessairement fondée.
Une affaire importante pour le Hafia FC et le football africain
Pour le Hafia FC, l’enjeu est de faire réexaminer une décision qui, selon lui, ne respecte pas les règles applicables à la compétition. Pour la CAF et l’AS Douanes, la procédure constitue l’occasion de présenter leurs explications et leurs moyens de défense devant l’instance arbitrale.
Cette affaire soulève également une question importante pour le football africain : comment les règlements doivent-ils être appliqués lorsqu’un club ne se présente pas à une rencontre et qu’une instance sportive invoque la force majeure pour justifier une mesure exceptionnelle ?
Si le résultat du match rejoué a déjà entraîné l’élimination sportive du Hafia FC, le contentieux n’est pas pour autant terminé. Le club guinéen entend toujours obtenir un examen de la décision qui a conduit à cette nouvelle confrontation.
Le Hafia FC obtiendra-t-il gain de cause devant le Tribunal arbitral du sport ? La suite de la procédure devra permettre de clarifier les responsabilités des parties et la portée de la notion de force majeure dans ce dossier.


